Catégories
Chroniques Mémoires/ Biographies/Témoignages

Des tribunaux à Place Vendôme : Itinéraire d’un ex Garde des Sceaux

Avocat pénaliste, Eric Dupond-Moretti a endossé en 2020 le rôle de Ministre de la Justice. 4 ans, 2 mois et 17 jours, Place Vendôme, dont il fait le récit au travers d’un échange avec Marc-Olivier Fogiel durant lequel il joue cartes sur table. 

Les souvenirs sont encore bien vifs au moment où Eric Dupond-Moretti prend la plume afin de raconter son expérience comme Ministre de la Justice. C’est dans une petite chambre en Italie qu’il débute l’écriture de son livre, refuge d’un retour à soi-même. Avocat pénaliste au verbe haut, il s’est mué en Garde des Sceaux plus assagi mais conservant son caractère bien trempé. Dans Juré, craché , il se confie avec son franc-parler à Marc-Olivier Fogiel.

Habiter la fonction

« Moi ici, comment vais-je faire ? » se demande Eric Dupond-Moretti une fois installé dans son bureau le 7 juillet 2020. « Je suis seul, submergé par la beauté des lieux et par la responsabilité qui m’incombe désormais » ajoute-t-il. Passer d’avocat pénaliste à Ministre de la Justice demande quelques réglages. Il a effectué un saut dans le grand bain très médiatique. Sa personnalité intrigue, son dialogue tendu avec les magistrats interroge, les députés l’attendent au tournant à l’Assemblée Nationale. Il lui faut s’acclimater, laisser la robe d’avocat derrière lui, habiter cette nouvelle fonction, trouver l’équilibre entre convictions et responsabilités. Sur son chemin, un procès pour prise illégale d’intérêts pour lequel il a été relaxé par la Cour de la Justice de la République mais qui lui laisse un goût amer.

La défiance des Français envers la Justice

Eric Dupond-Moretti saisit cette problématique dès le départ. Comment réconcilier les Français avec la Justice ? Vue comme laxiste, les faits divers médiatisés renforce selon lui cette perception. Il explique avoir voulu mettre en place une justice participative. Il déplore le « spectacle » proposé par les chaînes d’information qui traitent des faits divers sous toutes les coutures toute la journée. Il s’inquiète aussi du « Tribunal médiatique ». 

8 mars 2024

Parmi les moments les plus marquants, la cérémonie d’inscription de l’IVG dans la constitution. Elle s’est tenue le 8 mars 2024. Alors que les Français et Françaises suivaient cet évènement, le stress était palpable pour le Garde des Sceaux. En effet, c’est à lui que revenait la mission d’apposer les sceaux de la République sur le texte historique. Le geste demande une grande précision, concentration maximum donc. « A un moment, il faut lâcher complètement, puis repartir, mais pas trop vite. Sinon, le sceau se casse. Et imaginez la catastrophe : Lever la Constitution nouvellement modifiée et voir le sceau tomber par terre…un cauchemar ». La manivelle  a été tournée avec précaution, sans embûche !

Son combat contre l’extrême-droite

Ancrée en lui, la lutte contre l’extrême-droite. Afin de concrétiser électoralement cet engagement, il a accepté de se présenter aux Régionales en 2021 dans les Hauts-de-France, poussé par le Président de la République. Le résultat n’est pas à la hauteur mais Eric Dupond-Moretti dit ne pas regretter sa candidature. Il tacle aussi une « dédiabolisation » réalisée via certains médias. 

Un récit qui nous emmène sous les ors de Hôtel de Bourvallais. On y comprend que l’ex Garde des Sceaux a voulu laisser son empreinte en slalomant entre les critiques acerbes, les rouages administratifs et les remises en question parfois personnelles.  

Juré, craché, Eric Dupond-Moretti avec Marc-Olivier Fogiel,

Michel Lafon, 21 €

Photo : Chapitre Politique

Livre reçu en SP

A lire également : Emmanuel Macron : Exercice solitaire du pouvoir et guerre de succession

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *